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Êtes-vous un requin, une carpe...ou un dauphin ?

Le requin et sa force brutale n'est plus le bon modèle de réussite. Nous sommes à l'Ère du Dauphin, animal subtil et intelligent, qui s'adapte extraordinairement bien aux changements. Des réductions de personnel sont prévues dans votre entreprise ? Les employés qui s'adapteront le mieux seront ceux qui réagiront immédiatement, sans attendre que le couperet tombe. Ils chercheront du travail ailleurs, songeront à réorienter leur carrière ou à changer leur façon de travailler. Il ne suffit plus d'être compétent, de nos jours, pour avoir sa part du gâteau. Il faut faire preuve de stratégie, voire de ruse, et d'une formidable faculté d'adaptation pour survivre. Michèle Carrier, directrice de la firme montréalaise METAFOR, a créé un programme de formation inspiré du best-seller La Stratégie du Dauphin (Éditions de l'Homme), de Dudley Lynch et Paul L. Kordis, paru aux États-Unis en 1988. On y découvre comment traverser sans trop de heurts les secousses qui ébranlent actuellement le monde du travail. « Quand ça commence à "brasser" dans une entreprise, dit Mme Carrier, la plupart des employés vont s'accrocher à ce qu'ils connaissent et continuer à fonctionner comme ils l'ont toujours fait, mais en y mettant l'énergie du désespoir. C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire ». Il est préférable de revoir ses stratégies, d'agir autrement, de penser différemment pour s'adapter et même précéder les changements. « Il faut imiter le dauphin et surfer », ajoute-t-elle.

Dauphins contre requins
Mais le dauphin n'est pas seul dans son bassin, car requins et carpes font partie de son entourage. Tout le monde connaît les requins, ces grands gagnants de l'Ère Industrielle qui savaient s'imposer par la force brutale. « Les requins ne sont plus les meilleurs, affirme Michèle Carrier. Ce sont des esprits primaires qui manquent de subtilité pour comprendre le monde de plus en plus complexe de l'information et des nouvelles technologies ». Pour les gens du type "requin", tout est noir ou blanc et il y a nécessairement un gagnant et un perdant. Quant aux carpes, ce sont des victimes désignées qui baissent les bras avant même d'engager le combat, certaines d'en sortir perdantes. Il existe aussi un second type de carpes, la pseudo-éclairée, qui pense que tout le monde peut gagner en partageant et en s'entraidant. Victime de son idéalisme, cette carpe trop naïve se fera également bouffer par le requin.

Grâce à son intelligence et à son étonnante rapidité de réaction, le dauphin est un des seuls animaux marins à n'avoir pratiquement pas de prédateur. Attaqué par un requin, il tourne à toute vitesse autour de son assaillant et le désoriente. Myope, celui-ci s'étourdit à essayer d'attraper une proie qu'il se verra habituellement forcé d'abandonner. Mais si l'agresseur est tenace et ne lâche pas prise, le dauphin peut se montrer méchant. De sa grosse tête, il donne un grand coup dans la colonne vertébrale du requin, à l'endroit du foie, ce qui entraîne la mort. Le dauphin est noble et pacifique, mais pas mollasson !

Les limites de la patience
Dans son milieu de travail, le type "dauphin" cherche d'abord à obtenir la collaboration de ses collègues et à partager l'information. Mais si on ne veut rien savoir, ou pire, si on cherche à lui nuire, le dauphin pratique alors un art subtil des représailles. Quand l'adversaire attaque, il riposte immédiatement en portant un coup bien dosé, juste un peu moins fort que celui qu'il a reçu, afin d'éviter l'escalade. Et dès que l'agresseur fait amende honorable, le dauphin pardonne, car il ne gaspille pas son énergie à garder rancune.

La Stratégie du Dauphin a appris à Andrée Auger, chef de projet au sein d'une compagnie informatique, à se défendre contre un collègue qui dénigrait son travail.« Je lui avais demandé de cesser, mais il faisait la sourde oreille. J'ai réagi alors activement en lui envoyant une lettre avec copie conforme à nos patrons, où j'expliquais qu'il semblait ne pas avoir en main toutes les informations nécessaires pour juger de la qualité de mon travail. » J'ajoutais espérer que, désormais mieux informé, il comprendrait l'importance de mon travail. Le collègue requin a vite saisi que cette femme-là n'avait pas l'intention de se laisser dévorer !

Comme un poisson dans l'eau
Chez METAFOR, on apprend également à donner un sens à son travail, à trouver sa propre raison d'être, au boulot comme dans la vie. On pense tout de suite au courant de pensée Nouvel Âge, mais Michèle Carrier se défend bien d'offrir un cours de croissance personnelle.« Grâce à des exercices et à un questionnement, nous aidons simplement les participants à prendre conscience de ce qui les motive et les nourrit, c'est-à-dire leur but ultime. Si vous êtes aligné sur votre raison d'être, votre action sera en accord avec vos valeurs et vous ressentirez alors une grande puissance. »

La découverte de ce but ultime a été une véritable révélation pour Marie Leblanc.« Ce que j'aime profondément dans la vie, c'est de partager des connaissances, de faire découvrir aux autres ce qui me passionne, de communiquer. » Le travail de Marie consiste jugement à faire connaître le Québec à l'étranger : elle est directrice du développement des marchés pour un ministère québécois. Dans ce contexte où règnent normes et contraintes, elle pourrait facilement étouffer, mais son enthousiasme est inébranlable, justement parce qu'elle se sent en accord avec sa raison d'être.

Penser "dauphin", c'est aussi voir plus loin que le bout de son nez, contrairement à bon nombre de gens d'affaires qui ne se préoccupent que des gains immédiats.

« Je vois tous les jours des concurrents qui se cassent la figure parce qu'ils ont voulu faire des économies de bouts de chandelle », déplore Christiane Millet, fondatrice de l'École Interlangues, à Ottawa. Elle donne en exemple les écoles de langues qui ont actuellement tendance à congédier leurs professeurs d'expérience pour les remplacer par des débutants payés moins chers.

À écouter Michèle Carrier et les participants à ses séminaires, on se prend à rêver d'un monde où tous les patrons sans exception seraient obligés d'obtenir leur diplôme en « Stratégie du Dauphin 101 »!

ROSELYNE LANDRY
© Extrait de Femme Plus - août 1996


REQUIN, CARPE OU DAUPHIN ?

© Extraits du livre
La Stratégie du Dauphin
Dudley Lynch et Paul L. Kordis
éd. de l'Homme


LA MÉTAPHORE DU VOYAGE

La carpe se dit : « À quoi bon partir en voyage puisque je n'arriverai jamais à destination ?» Elle ne part jamais.
Le requin se dit : « C'est la destination qui compte, alors allons-y le plus rapidement possible, même s'il faut écraser les autres en chemin. »
La carpe pseudo-éclairée se dit : « C'est le voyage qui compte, pas l'arrivée. Par conséquent, peu importe que l'on arrive ou non. »
Le dauphin, lui, dès qu'on lui parle voyage, est déjà arrivé en pensée à destination. C'est en rétrospective qu'il agit dans l'ici et le maintenant. Il met au point la bonne stratégie pour gérer son arrivée et aider les autres à comprendre la nouvelle réalité. Puis, il se met à l'ouvrage.

 

LA RESTRUCTURATION D'ENTREPRISE

Confronté à un changement majeur, le chef carpe se dit : « Je n'y arriverai jamais. À quoi bon...»
Le chef requin : « Il faut restructurer le plus rapidement possible pour être compétitif. Peu importe les dégâts ou les problèmes des employés concernés. Au travail !»
Le chef carpe pseudo-éclairée : « Ce qui compte, c'est le processus de restructuration. Peu importe qu'on y parvienne ou non. »
Dès que le chef dauphin sait qu'une restructuration s'impose, il la voit déjà terminée. Il crée d'abord la confiance nécessaire à la mobilisation des équipes, puis parvient à combler les besoins réels de tous les intéressés. La plupart du temps, il obtient les résultats anticipés...


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